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16 janvier 2012

Dossier - “Préparer sa classe : La face cachée du travail”

Les textes officiels font référence à 27 heures hebdomadaires de service, mais ils ignorent le temps passé à préparer la classe, à la fois chronophage et déterminant pour l’exercice du métier.

Travailler 27 heures par semaine, c’est pas dur, surtout quand on bénéficie de 16 semaines de congés par an. Quel métier de rêve que celui d’enseignant ! Mais enseigner ne se résume pas au temps de service, comme pourraient le laisser croire les textes officiels qui ne font référence qu’à ces 27 heures dont 26 devant élèves. En effet, ils ignorent d’autres temps, indispensables à la préparation de ce même service, comme les rencontres avec les parents, la coordination du travail avec les partenaires de l’école, l’auto formation, l’organisation des sorties… et bien sûr, la préparation de la classe. Ces temps invisibles font qu’en réalité le nombre d’heures effectuées par les enseignants est nettement plus élevé qu’il n’y paraît. Le ministère s’y intéresse peu. L’étude la plus récente qu’il a produite sur ce sujet date de 2000, elle fait état d’une moyenne très précise de 40h44 de travail par semaine, dont 11h15 consacrées aux seules tâches de préparation de la classe et de correction des copies (lire l’article LA PRÉPA c’est pour qui ? ).

Une moyenne, donc, mais qui masque aussi des disparités. Selon Bernard Rey de l’Université libre de Bruxelles, un enseignant en début de carrière « a presque une heure de préparation pour une heure de leçon ». Ce qui fait la différence, c’est bien sûr l’expérience accumulée au long des années de pratique, mais peut-être aussi, pour les plus chevronnés des enseignants, une certaine relativisation des prescriptions de la hiérarchie comme celle liée à la fiche de préparation. Sans doute constitue-telle un outil de formation pour le débutant, lui permettant de décomposer chaque leçon en différents moments : phase de sensibilisation, de recherches, d’exploitation, de structuration, d’évaluation… Mais c’est un outil à double tranchant, pouvant s’avérer très chronophage et donc source de fatigue au travail. Certains n’hésitent pas à remettre en cause sa finalité, estimant qu’il s’agit surtout d’un outil de contrôle de la mise en conformité du travail de l’enseignant. C’est le cas aujourd’hui de Jean-Claude Mouton, formateur à l’IUFM d’Aix-Marseille. « La fiche de préparation comme listing figé des prescriptions peut être considérée comme contre-productive si ces prescriptions ne sont pas réinterrogées à partir de leur mise en œuvre par le stagiaire » dit-il (lire l’article PES : de l’utilité de la fiche de prep’ ).

La transmission d’un savoir-faire professionnel

Malgré tout, avec ou sans fiche, la prépa est incontournable, mais elle se complexifie en même temps que le métier se complexifie lui-même. Elle est perçue comme un exercice individuel, personnel, caractères qui ne sont pas étrangers à la persistance d’une certaine culture professionnelle, celle de l’instituteur seul maître à bord dans sa classe. Mais dans le même temps il y a ambivalence car la pratique professionnelle exige de plus en plus de coopérations, de travail collectif. La somme des connaissances à enseigner augmente en même temps que s’étendent les savoirs et les technologies, ainsi que la surcharge de travail liée à l’empilement des tâches administratives. La prise en compte de l’hétérogénéité comme la mise en œuvre de l’aide personnalisée, réclame des approches différenciées, le recours à diverses méthodes pédagogiques (lire l’article Avant l’école ). L’enseignant est-il condamné à chaque fois à tout réinventer par lui-même ? Ne peut-il pas tirer partie de l’expérience de ses pairs plus expérimentés ou des générations passées ?

Le système actuel de formation montre ses limites et la réforme n’arrange rien. « Il serait indispensable que dans leur formation, les stagiaires soient accompagnés dans leur préparation de classe » note Bernard Rey. A défaut d’une telle pratique, des ressources sont disponibles, et elles sont de plus en plus nombreuses grâce au développement des nouvelles technologies. Mais encore une fois l’outil est à double tranchant : facilitateur, il peut être aussi source de confusion compte tenu de la profusion des informations.

« Au fil des années l’enseignant parvient à mieux se projeter dans ce qui va se passer en classe » note Evelyne Villard, docteure en sciences de l’éducation à Lyon (lire l’article Travailler en équipe chaque fois que possible ). N’y-a-t-il pas matière à transmettre du savoir-faire professionnel des plus outillés aux plus démunis ? C’est ce que pense en tout cas Jean-Claude Mouton qui prône « une co-élaboration expert/novice ». Il y a là de toute évidence matière à réflexion pour innover, inventer de nouvelles formes de travail collectif, alors que bien souvent les enseignants se plaignent du manque de temps pour préparer la classe. Une telle démarche s’inscrit pleinement dans le cadre d’un métier qui est avant tout un métier de conception (lire l’article Un métier de conception ) et dans la nécessité plus que jamais d’actualité de transformation de l’école.


L’ensemble du dossier :

-Un métier de conception
-Travailler en équipe chaque fois que possible
-LA PRÉPA c’est pour qui ?
-Avant l’école
-EN BREF
-PES : de l’utilité de la fiche de prep’
-« Anticiper sur ce que pensent les élèves »

 

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