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21 juillet 2007

« Pas de lien mécanique entre paupérisation des territoires et échec scolaire »

Entretien avec Choukri Ben Ayed, sociologue, Université de Saint-Etienne et Sylvain Broccolichi, sociologue, IUFM de Lille

Les inégalités socio-spatiales d’éducation ont été analysées par une équipe pluridisciplinaire de recherche . De la mixité sociale à la stabilité des enseignants, les départements ne sont pas égaux face aux facteurs de la réussite.

Votre étude [1] a porté sur les relations entre territoires et réussite scolaire. Quelle a été votre approche ?

  • B.-A. et S.B. : Nous avons articulé des comparaisons statistiques et des enquêtes de terrain dans une approche pluridisciplinaire. Avec Danièle Trancart, 3e coordonnatrice de la recherche, nous avons élaboré un système de comparaisons entre les résultats observés et les résultats prévisibles d’après les caractéristiques sociales des familles d’élèves, sur différents territoires. Nous avons alors ciblé des lieux où existaient d’importants écarts (en plus ou en moins

Qu’avez-vous observé ?

  • S.B. : Les plus grands écarts observés sont des écarts négatifs que l’on trouve surtout dans les départements les plus urbanisés, avec de fortes disparités sociales et scolaires entre établissements. Ces déficits globaux et les inégalités de performances selon les groupes sociaux sont particulièrement marqués en Ile-de-France. Nous connaissions le problème d’établissements où la concentration de difficultés est aggravée par la « fuite des bons élèves » et l’instabilité des professionnels, mais nous ne savions pas qu’il affectait les acquisitions des élèves en de si nombreux cas. Dans une dizaine de départements parmi les plus peuplés, les déficits d’acquisitions sont constatés à des degrés divers dans la majorité des collèges publics, et cela retentit négativement sur les moyennes départementales (à l’évaluation 6e et aux épreuves du DNB).
  • C.B-A : À l’inverse nous avons observé des départements dont les résultats scolaires sont supérieurs à ceux que l’on pourrait attendre aux vues des critères sociaux. L’intérêt de l’enquête est de montrer qu’il n’y a pas de lien mécanique entre paupérisation des territoires et échec scolaire.

Quelles sont les raisons que l’on peut avancer pour expliquer de tels phénomènes ?

  • S.B. : D’abord il faut savoir que les plus grandes variations de réussite scolaire selon les territoires s’observent dans les zones socialement défavorisées (en ZEP bien plus qu’hors ZEP) : les plus forts déficits d’apprentissage, mais aussi parfois d’importantes « sur réussites » quand des équipes réussissent à construire des solutions pédagogiques pertinentes et des « liens » avec les familles d’élèves. Les déficits et les inégalités se creusent dans les zones urbaines où des différences flagrantes de recrutement social et scolaires entre établissements sont « envenimées » par des pratiques d’évitement, des sentiments de relégation des familles « captives » et un fort turn over des professionnels.
  • C.B-A : Le département de la Loire est de ce fait intéressant. C’est le plus urbanisé des départements en sur-réussite et cette contrainte s’est transformée en atout. La composition sociale est basse un peu partout et contrairement à la région parisienne on observe peu de fuites d’établissements. En effet, la population scolaire est assez homogène et dans une ville comme Saint-Etienne, il n’existe pas d’établissements d’élite qui attirent.

La morphologie des départements est-elle le seul facteur observé ?

  • C.B-A : Non, cette explication n’est pas suffisante. En étudiant les dynamiques locales, nous avons noté l’importance des solidarités et des coopérations. Beaucoup de fonctionnaires de la Loire sont natifs du département, les différents acteurs se connaissent et des partenariats informels se mettent en place. Du fait de la forte présence des classes populaires dans tous les établissements, la réflexion autour de ce type de public est centrale mais banalisée. Être nommé dans les écoles de ZEP n’est pas un drame, les équipes y sont assez stables.

Les raisons que vous avancez sont structurelles. N’avez-vous pas observé des politiques territoriales qui favorisent des réussites ?

  • S. B. : Nos observations étaient centrées sur des zones urbaines. Or les « sur réussites » les plus nettes et durables se trouvent principalement dans les département peu urbanisés et /ou peu « ségrégués ». Nous avons certes observé des dynamiques de REP ou d’établissements porteuses de progrès, mais elles s’enrayaient souvent avec l’arrivée de nouveaux responsables définissant d’autres priorités… Si les ségrégations ou d’autres traits « structurels » des territoires pèsent aussi lourdement sur la réussite scolaire, c’est peut-être que les politiques actuelles ne font pas le poids pour contenir ou réguler les processus cumulatifs qui se développent en milieu urbain.
  • B.-A. : Ce que montrent nos enquêtes c’est qu’on ne peut isoler les politiques menées des contextes territoriaux dans lesquels elles s’enracinent (préservation de la mixité sociale notamment). Nous pointons en revanche des leviers forts à l’échelle de départements pour imaginer des réponses à la spirale infernale dans laquelle se trouvent des établissements. [2]

http://www.education.gouv.fr/cid493&hellip ; scolaire-des-eleves.html Sylvain Broccolichi, Choukri Ben Ayed, Catherine Mathey- Pierre, Danièle Trancart

[1] 1->http://www.snuipp.fr/spip.php?artic…

[2] 1->http://www.snuipp.fr/spip.php?artic…

 

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